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Travail de nuit et horaires atypiques: A-T-ON MINIMISÉ LES RISQUES SUR LA SANTE DES TRAVAILLEURS ?

Le débat sur la gestion des horaires de travail atypiques est lancé. Deux nouvelles études de l’Inserm révèlent l’implication du travail de nuit dans le syndrome métabolique (oct. 2012)*
et le cancer du sein (juin 2012)*.

 

Le travail de nuit selon la loi

« Tout travail entre 21 heures et 6 heures est considéré comme travail de nuit. Une autre période de neuf heures consécutives, comprise entre 21 heures et 7 heures incluant, en tout état de cause, l’intervalle compris entre 24 heures et 5 heures, peut être substituée à la période mentionnée au premier alinéa par une convention ou un accord collectif de travail étendu ou un accord d’entreprise ou d’établissement. A défaut d’accord et lorsque les caractéristiques particulières de l’activité de l’entreprise le justifient, cette substitution peut être autorisée par l’inspecteur du travail après consultation des délégués syndicaux et avis du comité d’entreprise ou des délégués du personnel s’il en existe » (Article L3122-29, Code du travail).

« Est considéré comme travailleur de nuit tout travailleur qui :

1° Soit accomplit, au moins deux fois par semaine, selon son horaire de travail habituel, au moins trois heures de son temps de travail quotidien durant la période définie à l’article L. 3122-29 ou à l’article L. 3122-30 ;

2° Soit accomplit, au cours d’une période de référence, un nombre minimal d’heures de travail de nuit au sens de ces mêmes articles.

Le nombre minimal d’heures de travail de nuit et la période de référence mentionnés au 2° sont fixés par convention ou accord collectif de travail étendu ou, à défaut, par décret en Conseil d’Etat pris après consultation des organisations représentatives au niveau national des employeurs et des salariés » (Article L3122-31, Code du travail).

Est considéré comme travail de nuit tout travail ayant lieu entre 21h et 6h. Est considéré comme travailleur de nuit tout salarié qui effectue habituellement au moins 3h de travail quotidien entre 21h et 6h, au moins 3 fois par semaine ou qui accomplit un nombre d’heures de nuit pendant une période de référence (270h sur 12 mois consécutifs). Dans le secteur du transport le travail de nuit couvre la période entre 22h et 5h. Dans le BTP le travail de nuit se définit comme tout travail se déroulant entre 21h et 6h, au moins 270h, durant 12 mois consécutifs. Le travail de nuit est autorisé pour les femmes depuis 2001.

 

Quelques chiffres

–               25% des travailleurs occupent des horaires atypiques.

–               20% des travailleurs postés changent de métier avant 3 mois.

–               10% des travailleurs postés déclarent ne rien avoir à dire de leurs conditions de travail.

–               70% des travailleurs postés tolèrent le travail posté mais ont des plaintes à formuler.


Les rythmes biologiques

La journée est réglée comme une horloge avec alternance de périodes de veille et de sommeil sur 24h.

La nuit : besoin naturel de sommeil, il y a 4 à 5 cycles de sommeil de 1h 30 et la somnolence est maximum entre 1h et 5h du matin.

Le jour : besoin naturel de sieste, il y a entre 13h et 15h un besoin naturel de repos ou de relaxation de 10 à 20 mn.

La vigilance est normale le matin et l’après-midi et excellente en fin de journée. Le manque de sommeil ou dette de sommeil entraine une baisse de la vigilance voir une somnolence.

Les rythmes professionnels

Les exigences de la production peuvent imposer le travail posté où les travaux sont effectués par des équipes successives, il en existe de 3 types :

–               travail en 2X8 discontinu ;

–               travail en 3X8 discontinu ;

–               travail en 4X8, 5X8… continu.

Ce travail peut se faire en équipes fixes ou en équipes alternantes. Les rotations courtes (sur 3 jours) sont moins gênantes que les rotations lentes (sur une semaine).

Les conséquences du travail de nuit sur la santé

Les conséquences du travail de nuit se traduisent par :

– des troubles du sommeil : difficultés d’endormissement, réveils précoces, prise de somnifères, survenue de rêves à prédominance professionnelle et baisse de la vigilance ;

– la fatigue due au manque de récupération lié aux conditions extérieures : bruit environnemental, durée et mode de transport et activités extraprofessionnelles ;

– des troubles de l’alimentation : augmentation de la ration alimentaire (grignotage) responsable d’une prise de poids, décalage des horaires des repas entrainant des troubles digestifs (brulures d’estomac, constipation, ballonnements) ;

– des troubles psychosomatiques : irritabilité, stress et troubles de l’humeur ;

– des troubles de la vie sociale : sentiment d’exclusion aux activités sociales et familiales et des difficultés familiales (vie familiale et éducation des enfants) ;

– des troubles cardiovasculaires et une décompensation de troubles psychiques.

Quel est le rôle du médecin du travail ?

« Le médecin du travail est consulté avant toute décision importante relative à la mise en place ou à la modification de l’organisation du travail de nuit. Les conditions d’application de cette consultation sont déterminées par décret en Conseil d’Etat » (Article L3122-38, Code du travail). « Tout travailleur de nuit bénéficie, avant son affectation sur un poste de nuit et à intervalles réguliers d’une durée ne pouvant excéder six mois par la suite, d’une surveillance médicale particulière dont les conditions d’application sont déterminées par décret en Conseil d’Etat » (Article L3122-42, Code du travail). Le médecin du travail est le conseiller de l’employeur et des salariés pour l’aménagement des conditions de travail notamment pour l’aménagement des horaires et des roulements, l’information des salariés sur la meilleure façon de gérer les horaires atypiques et la régularité des repas, mais également le reclassement des travailleurs désadaptés. De plus, le médecin du travail assure la Surveillance Médicale Renforcée (SMR) des salariés.

 

Quelques conseils essentiels pour une meilleure gestion du travail de nuit et des horaires atypiques

Alimentation :

Poste du matin : dîner la veille au soir, collation au réveil (boisson chaude et pain ou équivalent), petit déjeuner complet sur le lieu du travail entre 10h et 12h, repas de midi au domicile avant la sieste, pas de goûter après la sieste.

Poste de l’après-midi : faire un repas du midi normal, collation entre 17h et 19h sur le lieu de travail, repas du soir à la maison, éviter d’éterniser la soirée pour limiter les déséquilibres.

Poste de nuit : repas du soir unique et non en 2 prises domicile et travail, collation au cours de la nuit entre 1h et 3h du matin pour maintenir la vigilance, éviter les sucres et les graisses, s’hydrater toute la nuit, éviter le café 3 à 4h avant d’aller dormir, petit déjeuner léger avant de dormir, repas du midi après le sommeil du matin.

Sommeil :

Pour le sommeil de jour, se rapprocher au mieux des conditions du sommeil de nuit, fermer les volets, débrancher le téléphone, se protéger du bruit. Si ces conditions sont respectées le reste du temps sera consacré aux loisirs et/ou aux activités sportives.

Poste du matin : considéré comme le plus dur, durée du sommeil plus courte, risque de réveils nocturnes par peur de ne pas se réveiller, importance de la sieste pour combattre la dette de sommeil.

Poste de l’après-midi : heure de coucher plus tardive, l’heure de lever doit être plus tardive.

Il est possible de réduire son temps de sommeil, mais il n’est pas possible de réduire son besoin de sommeil. De ce fait, le respect de règles de base concernant alimentation et sommeil et des contre-indications médicales s’avère primordial.

 

Aménagement du temps de travail : privilégié des rotations courtes : Matin-Matin-Matin-Repos-Repos/Soir-Soir-Soir-Repos-Repos/Nuit-Nuit-Nuit-Repos-Repos et les horaires de travail suivants : 6h à 14h / 14h à 22h / 22h à 6h.

Les facteurs individuels

Certains facteurs individuels entrainent une mauvaise adaptation au travail posté dont un âge supérieur à 40 ans, l’existence d’un deuxième travail, un travail domestique important, des pathologies associées (psychiatrique, alcoolismes, troubles digestifs, cardiovasculaires, diabète…) et un rythme de sommeil individuel (couche tôt, couche-tard, court ou long dormeur).

 

DR GENEVIEVE LIBERTINO, Médecin du Travail § PASCAL LAPORTE, IPRP,
Responsable Service Prévention – SISTBI

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*Etudes INSERM : Syndrome métabolique, Cancer du sein

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