
Pénibilité professionnelle, TMS, stress, risques psychosociaux…, le Travail n’a jamais été autant porteur de mal-être et de souffrance dans notre société.
Tous les indices récents de la santé au travail sont dans le rouge en France et en Europe : plus de 817 000 accidents du travail, accidents de trajet et maladies professionnelles et 1 441 décès en France en 2010 (derniers chiffres publiés) ; les troubles musculo-squelettiques conséquence directe d’une sur-sollicitation des organismes, à l’origine de plus de 80% des maladies professionnelles dans notre pays (chiffre CNAMTS) ; 20% des salariés au sein des pays de l’OCDE souffrent de problèmes de santé mentale (dépression, anxiété, stress…) ; plus d’1 salarié européen sur 5 déclare souffrir de troubles de santé liés au stress au travail (OSHA), etc.
Mais que s’est-il donc passé entre la genèse du droit du travail avec la première loi majeure « hygiène sécurité du travail » promulguée en 1893 et l’introduction récente par le législateur de la notion de pénibilité professionnelle dans le Code du travail (loi du 9 novembre 2010) ? Comment des travailleurs en viennent-ils à se suicider sur leur lieu de travail pendant que d’autres développent des infirmités dont ils ne se relèveront jamais ? Le Travail, ferment de dignité sociale auquel on sacrifiait fièrement sa vie jadis, ne s’est tout de même pas autoproclamé nocif pour la santé du jour au lendemain. Que s’est-il passé pour que les salariés d’aujourd’hui contestent avec une rare véhémence une organisation du travail agressive et des modes violents de management de leurs supérieurs, pour que des femmes harcelées et humiliées quotidiennement osent porter leur douleur sur la place publique ? Certes, la représentation syndicale s’est faite au fil du temps bien plus puissante et sa voie plus résonnante. Certes, la médiatisation de la souffrance au travail s’est considérablement amplifiée et la justice a commencé à sévir sans compter. Mais surtout, il y a eu un dramatique détonateur nommé amiante. Le plus grand scandale sanitaire de tous les temps (plus de 100 000 morts en prévision d’ici 2025). Dans son sillage, la fragilité, la vulnérabilité, l’insécurité des travailleurs sont officiellement sorties de l’anonymat avec tous ces suicidés anéantis par leur environnement professionnel. Il en aura fallu des victimes pour que les droits à la dignité individuelle au travail soient connus de tous, pour que la pénibilité ait enfin voix au chapitre dans le Code du travail. Reste que, le chemin qui doit mener au bien-être et à la qualité de vie au travail est encore long au vu des chiffres qui nous rappellent chaque année les facteurs accidentogènes et pathogènes qui résident au milieu des travailleurs.
● Le rôle crucial de chaque employeur
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